Malgré les efforts déployés ces dernières années par le gouvernent philippin, la situation des femmes aux Philippines reste précaire. Le divorce est interdit, les violences sexuelles fréquentes et difficiles à amener devant un tribunal… La situation évolue dans le bon sens, mais encore trop doucement et beaucoup reste à faire. Découvrez cet article :

[custom_headline type= »center » level= »h2″ looks_like= »h3″ accent= »true »] Etre une femme aux Philippines [/custom_headline]

mercredi 5 mars 2014, par Marie-Charles

 

Les femmes représentent plus de 50% de la population aux Philippines. Leur contribution, comme dans toute société, est indispensable, mais celle-ci est peu valorisée et mal rétribuée. Les ressources déployées par l’État pour améliorer les services aux femmes peinent à répondre à leurs besoins. Certes, une certaine évolution est observable à travers les années quant au statut de la femme et à sa responsabilisation au niveau institutionnel, notamment avec la Philippine Comission on Women qui travaille pour l’égalité des sexes et l’autonomisation (empoworment) de la femme [1]. Au fil du temps, certains gouvernements, dont le gouvernement actuel, se sont investis dans l’amélioration du statut de la femme, bien que beaucoup de travail reste encore à accomplir [2].

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un pays à majorité musulmane où la discrimination subie par les femmes serait peut-être plus flagrante, la précarité du statut de la femme aux Philippines est bien présente, quoi que plus subtile. Officiellement, l’archipel est un État laïque, où aucun groupe religieux ne détient le pouvoir de changer unilatéralement les lois et politiques. Cela étant dit, les factions fondamentalistes parviennent malgré tout à imposer des restrictions et exercer un certain contrôle sur les femmes, notamment quant à la question de l’avortement, du divorce ou du viol. La discrimination sexuelle à l’égard des femmes est consacrée par les lois du pays, qui à leur tour, reflètent les principes moraux de l’Église catholique. Par exemple, l’avortement est illégal alors que l’accès aux moyens de contraception est très limité. La neutralité des Philippines en tant qu’État laïc et libéral est alors facilement contestable. Pourtant, les solutions mises en oeuvre pour encourager l’émancipation de la femme sont peu fructueuses, puisqu’elles ne s’attaquent pas à la source du problème, soit la discrimination sanctionnée par plusieurs lois et politiques. Par exemple, le réseau de transport en commun à Manille réserve des de wagons pour les femmes, les wagons mixtes étant le lieu de nombreuses agressions. Or, lorsqu’un abus sexuel est commis, il est quasi-impossible de traduire l’agresseur en justice, faute de mécanisme judiciaire adéquat. On peut donc apercevoir, un peu partout dans la ville, des panneaux publicitaires dénonçant le harcèlement que subissent les femmes. Il s’agit majoritairement d’ONG qui cherchent à venir en aide aux victimes au niveau physique/mental, la voie de la justice étant délaissée de toutes façons. Le problème est donc reconnu, et la réponse à celui-ci est d’isoler les femmes des hommes.

Dans toute société, les lois ont une incidence sur le statut de la femme. Or, aux Philippines, plusieurs lois bafouent les droits sexuels et reproductifs des femmes. Le Code de la Famille de 1987 (Family Code of 1987) a abrogé plusieurs dispositions discriminatoires du précédent Code civil de 1950, mais il n’a pas su pallier au biais sexiste dans le domaine du mariage et du droit de la famille. Par exemple, l’article 55 du Code de la famille énonce 10 motifs pouvant justifier une séparation légale, le divorce n’étant pas une avenue possible. Le premier motif consiste en « une violence physique répétée ou une conduite abusive grossière ». En cas de litige, les femmes possèdent, dans une certaine mesure, un recours contre leur mari. Toutefois, le problème se situe plutôt au niveau de la durée du processus et des frais engendrés puisque la majorité des femmes ne sont pas en mesure de les assumer. En outre, l’article 36 énonce qu’un mariage ne peut être déclaré nul que dans la mesure où l’un des deux époux serait jugé inapte (psychologiquement) à remplir l’essentiel de ses obligations conjugales. Dans de telles circonstances, la preuve de cette inaptitude doit être présentée au tribunal. Si celle-ci est acceptée, le mariage peut être annulé [3].

Par ailleurs, une étude du Human Development Network démontre qu’aux Philippines, les conditions de vie des femmes sont beaucoup plus précaires que celles des hommes. Notamment, leur intégrité physique est plus fréquemment menacée, tant à la maison que dans leur milieu de travail : blessures physiques, exposition à des substances toxiques, conditions de travail malsaines, harcèlement sexuel et violence domestique. En 1994, six femmes sur dix étaient victimes de violence physique, sexuelle ou psychologique à la maison. L’étude démontre que l’auteur de ces abus est, dans 98% des cas, le conjoint de la victime [4].

Le viol est une des formes de violence les plus répandues aux Philippines, se rangeant au troisième rang (13,1 %) des cas reportés de 1999 à 2009. Malheureusement, ces données sont biaisées par la stigmatisation des victimes de viol. Plusieurs femmes préfèrent ainsi garder le silence plutôt que de rapporter les crimes dont elles ont été victimes aux autorités [5].

Bref, en dépit des efforts déployés par le gouvernement, le monde académique et les organisations non-gouvernementales pour réduire les inégalités de genre, le fossé est encore bien réel. L’octroi de plus de responsabilités et d’autonomie aux femmes est un élément indispensable au développement humain. Depuis quelques années, le nombre de femmes ayant accès à une éducation et à des opportunités d’emploi continue d’augmenter tout comme leur participation aux élections [6]. En attendant, il ne reste plus qu’à espérer que ces chiffres poursuivent leur ascension.


[1Ramos Shanani, Asec Lila, 2009, « The status of women in the Philippines : a 50 years retrospective », Philippine Comission on Women, National Machinery for Gender Equality and Women’s Empowerment. En ligne. http://pcw.gov.ph/article/status-women-philippines-50-year-retrospective (page consultée le 20 octobre).

[2Human Development Network,1997, « 1997 Philippine Human Development Report, ChangingStatus of Women », En ligne, http://hdn.org.ph/1997-philippine-human-development-report-women-and-gender-in-development/ (page consultée le 19 octobre 2013).

[3Chan Robles Virtual Library, 2013, « The Family Code of the Philippines ». En ligne : http://www.chanrobles.com/executiveorderno209.htm#.UhMo0ByCUeU (page consultée le 18 octobre 2013).

[4Human Development Network,1997, « 1997 Philippine Human Development Report, ChangingStatus of Women », En ligne, http://hdn.org.ph/1997-philippine-human-development-report-women-and-gender-in-development/ (page consultée le 19 octobre 2013).

[5Ramos Shanani, Asec Lila, 2009, « The status of women in the Philippines : a 50 years retrospective, Rape », Philippine Comission on Women, National Machinery for Gender Equality and Women’s Empowerment. En ligne. http://www.pcw.gov.ph/focus-areas/violence-against-women/rape (page consultée le 20 octobre).

[6Human Development Network,1997, « 1997 Philippine Human Development Report, ChangingStatus of Women », En ligne, http://hdn.org.ph/1997-philippine-human-development-report-women-and-gender-in-development/ (page consultée le 19 octobre 2013).