Les nouvelles technologies sont un outil fantastique pour se divertir, communiquer, s’informer et apprendre. Néanmoins elles comportent aussi certains dangers, notamment pour les plus jeunes, qui n’en ont pas forcément conscience et sont plus vulnérables aux manipulations d’adultes malveillants.

Selon un rapport d’Europol publié le 27 mars 2020, la période de confinement a augmenté les risques de cyberexploitation des mineurs et les échanges de matériels entre pédocriminels. Pour en savoir plus, consulter le rapport sur la cybercriminalité en contexte de pandémie (en anglais).

En tant que parent, vous pouvez évoquer les risques suivants en fonction de leur âge pour démarrer une discussion car des enfants avertis sont des enfants mieux protégés.

Cyberharcèlement : ce sont des actes agressifs et répétés commis via des moyens électroniques de communication (applications, réseaux sociaux, chats, forums, messageries instantanées). Cela peut être sous la forme d’intimidations, insultes, moqueries ou menaces, la propagation de rumeurs, le piratage de comptes et l’usurpation d’identité digitale, la création d’un groupe ou la publication de photos ou vidéos humiliantes pour la victime. Le cyberharcèlement peut être à caractère sexuel (voir ci-dessous « fisha », « revenge porn », « sextorsion »…).

Dédipix : pratique par laquelle on écrit une dédicace à quelqu’un (prénom d’un amoureux par exemple) sur une partie de son corps, puis on poste la photo sur son blog ou un réseau social. L’objectif est de recueillir un maximum de likes ou commentaires, et cela fonctionne d’autant plus que la partie photographiée est intime / dénudée !

Défis : alors que l’adolescence est une période propice aux prises de risques, attention aux vidéos, groupes et blogs en ligne qui encouragent des conduites dangereuses pour les jeunes, qu’il s’agisse de prouesses physiques, de régimes alimentaires / consommation excessive d’alcool, de publier des photos de soi compromettantes ou même des défis incitant progressivement au suicide (exemples : Necknomination, Blue Whale Challenge).

Exposition à des contenus choquants : l’âge moyen de première exposition à la pornographie est en France de 14 ans. Mais de plus en plus de collégiens en voient dès la 6ème / 5ème. Vous pouvez alerter votre enfant sur le fait qu’il peut être confronté à ces images (apparitions intempestives lors de téléchargements ou de consultation de sites, vidéos en lecture automatique…) mais qu’il ne s’agit pas de la réalité et que cela peut donner une idée fausse de la sexualité. Pour éviter qu’ils ne s’ « informent » qu’avec ce type de contenu, il est essentiel d’aborder les notions de respect et de consentement dans le cadre d’une éducation à la vie affective et sexuelle.

Les plus jeunes peuvent aussi être exposés à des contenus choquants / violents, notamment sur des chaînes qui leur sont dédiées (exemple : YouTube kids). Certains individus dissimulent insidieusement des incitations au suicide ou des contenus sexuels en plein milieu de dessins animés ! Votre enfant doit savoir qu’il est important de vous parler s’il a vu des images qui lui ont fait peur ou l’ont mis mal à l’aise.

Fake news : ce sont des informations fausses ou truquées, volontairement relayées sur les réseaux sociaux et par certains médias pour manipuler l’opinion publique. Voici quelques questions pour aiguiser l’esprit critique de votre adolescent.

Fisha : il s’agit d’une pratique de cyberharcèlement, en nette recrudescence depuis le confinement, où des individus créent des comptes Snapchat ou utilisent des messageries cryptées type Telegram pour diffuser des contenus intimes de filles (souvent mineures âgées de 14 à 17 ans), sans leur consentement. Les auteurs demandent à leur audience de leur transmettre des images à caractère sexuel de leurs ex-copines (« revenge porn ») ou de toute autre fille de leur entourage pour les « afficher » comme des « filles faciles ».

Ces comptes s’organisent par ville ou département et révèlent aussi des informations personnelles sur les victimes (identité, adresse…). Les followers harcèlent alors en groupe les victimes : demandes sexuelles, menaces, chantage, incitation à la prostitution… Très peu de signalements sont réalisés car ces jeunes filles ont honte. Mais la honte doit changer de camp. Des jeunes se sont organisés spontanément pour traquer ce type de compte et les faire supprimer comme le collectif @StopFisha.

Grooming : c’est une technique d’approche de pédocriminels pour mettre en confiance les enfants. Ils abordent leurs victimes à travers des jeux en ligne (Fortnite, Clash of clans, Minecraft…) qui permettent l’envoi de messages entre joueurs inconnus et comportent des chats publics, ou via des réseaux sociaux (en particulier Tik Tok, YouTube et Instagram).
Ils peuvent même se faire passer pour plusieurs personnes ou agir avec des complices pour récolter des informations sur l’enfant : ses centres d’intérêt, sa personnalité, ses vulnérabilités, sa situation familiale etc. et créer le profil de l’ami.e parfait.e. Ils vont alors communiquer de manière intensive avec l’enfant, innocemment au début en comblant ses besoins affectifs (envie d’un grand frère/d’une grande sœur/d’un ami.e, d’amour…) puis sexualiser progressivement les échanges pour obtenir des images ou vidéos, faire du chantage ou organiser une rencontre pour l’agresser sexuellement.

Nude : photos dénudées / intimes, à caractère sexuel ou non, prises par les jeunes eux-mêmes (en majorité des adolescentes) et postées sur des réseaux sociaux ou envoyées à leur partenaire amoureux.

Prostitution en ligne : la prostitution des mineurs, notamment sur Internet, est en hausse depuis plusieurs années. Il peut s’agir de manipulations affectives avec des proxénètes qui montrent un faux intérêt amoureux à leurs victimes et celles-ci acceptent de se prostituer par amour pour eux.

Certains ont recours au chantage : à partir du moment où la victime envoie une première photo compromettante, le prédateur va l’obliger, sous la menace de diffuser cette photo, à commettre des gestes de plus en plus dégradants puis à subir des viols tarifés. Enfin, des mineures peuvent effectuer des actes à la demande, seules devant leur webcam pour des clients dans des salons virtuels, c’est ce qu’on appelle les « camgirls ».

Radicalisation : une autre menace sur Internet et les réseaux sociaux est la présence d’extrémistes qui cherchent à recruter de nouvelles recrues pour les endoctriner sur la voie de la haine et de la violence.

Revenge porn : divulgation non consentie d’images ou vidéos sexuelles d’une personne par son ancien partenaire ou une personne éconduite, à titre de revanche. Ces contenus peuvent avoir été créés volontairement dans le cadre de la relation ou tournés à l’insu de la victime.

Sexting (entre ados) : ce sont les propos, images et contenus sexuellement explicites autoproduits par des mineurs consentants. Les pratiques des adolescents ont évolué avec l’essor des nouvelles technologies, désormais ils peuvent envoyer, recevoir et partager de plus en plus tôt des photos et messages à caractère sexuel dans le cadre de leurs relations amoureuses et sociales. Ils peuvent croire que c’est inoffensif mais il est essentiel de leur rappeler qu’une fois qu’ils ont diffusé ces images d’eux, ils en perdent le contrôle pour toujours.
Ils doivent prendre conscience des risques potentiels : faire l’objet de chantage, de harcèlement, de contrainte sexuelle et d’extorsion, de sollicitations ou de toute autre forme de manipulation. Dans le cadre de séduction entre pairs, pour minimiser les risques, il est préférable de ne montrer dans les photos qu’une partie de leur corps ou alors leur visage mais pas les deux à la fois par exemple, pour qu’ils ne soient pas identifiables.

Sexting (enfant/adulte) : sont encore plus problématiques, les techniques des pédocriminels qui lors de conversations en ligne amènent progressivement les enfants à envoyer des photos, à prendre part à des activités sexuelles via une webcam ou à échanger des propos sexuels par SMS ou en ligne. Après ces interactions, les prédateurs vont tout faire pour garder le contrôle sur les enfants en menaçant par exemple d’envoyer les éléments obtenus aux amis et à la famille de leurs victimes si elles ne continuent pas à faire ce qu’ils demandent.

Sextorsion : exploitation sexuelle en ligne des enfants qui allie la contrainte sexuelle et l’extorsion. Les cybercriminels cherchent à obtenir des contenus des enfants et adolescents (« sexting ») dans le but d’obtenir encore plus de matériel sexuel, de soutirer de l’argent ou d’organiser une rencontre dans la vie réelle. Voir le clip de prévention du Conseil de l’Europe qui illustre notamment le chantage à la webcam :

Sites et applications de rencontres pour ados : certains réseaux dits pour ados ou particulièrement populaires auprès de cette tranche d’âge mettent en relation des mineurs et des adultes (Tik Tok, Rencontre-ados, Nodaron, Yubo…). Si les plus jeunes peuvent y chercher des rencontres amicales ou amoureuses, ce sont aussi des vrais repères à pédocriminels qui y traquent les enfants impunément.

Il est important que votre ado soit conscient des risques en s’inscrivant à ce type de plate-forme et soit en confiance pour vous parler de ses contacts et demander de l’aide en cas de comportement suspect ou d’acte malveillant. Pour en savoir plus et aborder le sujet avec votre ado, vous pouvez regarder cette vidéo du youtubeur « Le roi des rats » : L’envers du décor des sites de rencontres pour ados.

Pour savoir comment réagir si vous êtes confronté à l’une de ces situations, consulter l’article sur nos conseils, ressources et sites utiles.